«On ne doit pas se permettre dans une guerre, des hostilités qui seraient de nature à rendre impossible la confiance réciproque, quand il sera question de la paix». Emmanuel Kant
Tanguy Wuillème « ...Soixante années passées ont déjà l’âge du souvenir, des générations oublieuses. Le survivant ne survit plus et nous voilà livrés à penser en différé, sur la base des témoignages, des récits, des images, des fictions intermédiaires. Hiroshima, Nagasaki sont dorénavant reliées, deux jumelles horrifiantes sur lesquelles le temps a passé comme le sel sur Carthage ou le feu sur Troie. »
Le professeur Pierre Piérart « Les 6 et 8 août 1945, la bombe atomique est utilisée, pour la seule fois dans l’histoire, contre les villes japonaises Hiroshima et Nagasaki. Les conséquences humaines ont été terribles. »
Le 6 août 1945 est une date charnière dans l’histoire de notre espèce. Ce jour-là, l’humanité est devenue capable de se détruire elle-même, et rien ne lui fera jamais perdre cette toute-puissance négative.
Le professeur Pierre Piérart, de l’université de Mons « L’histoire de la bombe débute vers 1938-39.Sur les conseils d’Einstein, le programme américain, dénommé «projet Manhattan», débute en 1942. Il va durer deux ans, coûter deux milliards de dollars de l’époque, mettre au travail 130.000 personnes dans trois grandes usines. Le projet est tenu secret. »
Il faut se rappeler cette phrase d’Oppenheimer, l’instant suivant l’explosion expérimentale du Nouveau Mexique (16 juillet 1945): «Nous sortîmes de notre abri et tout fut soudain d’une solennité extrême. Nous savions que le monde ne serait jamais plus le même. Quelques personnes riaient, d’autres pleuraient, la plupart restaient silencieuses», son collègue Bainbridge vint vers lui et lui jeta: «Maintenant nous sommes tous des salauds.» «C’est la remarque la plus pertinente qui ait été faite après le test» reconnut plus tard Oppenheimer
Le professeur Pierre Piérart « Dès septembre 1944, Roosevelt et Churchill sont conscients que l’Allemagne ne possède pas l’arme nucléaire et ils envisagent de l’utiliser contre le Japon.
En juillet 1945, l’empereur du Japon envoie son fils pour négocier une paix, avec capitulation totale. Seulement, on va faire traîner les choses. Des stratèges américains sérieux avaient analysé la question. Ils savaient que les Japonais étaient au bout du rouleau. 90% de leur aviation et de leur flotte étaient détruits, il ne restait rien de leur machine industrielle. Selon ces stratèges, le nombre de victimes aurait pu se situer entre 20.000 et 30.000. »
Tanguy Wuillème « les habitants d’Hiroshima vaquent à leurs occupations quotidiennes lorsque l’explosion se produit. Aucune alerte, aucun avertissement, on se plaît même à contempler le sillage que laissent derrière eux les B-29 dans le ciel bien dégagé. Ensuite, tous les récits se ressemblent pour décrire l’horreur qui envahit la ville. Les bâtiments sont soufflés, éventrés, les maisons effondrées. Les routes fondent et sont brûlantes comme les ruines, gagnées par les incendies. »
Le professeur Pierre Piérart « La bombe n’explose pas au sol mais dans l’atmosphère. Une gigantesque boule de feu qui tue par brûlure. C’est son effet le plus mortel. A l’épicentre, la température atteint un million de degrés. Elle se réduit rapidement à mesure qu’on s’en éloigne, mais dans les 500 premiers mètres, il s’agit d’une véritable incinération. Il y a aussi l’effet de souffle: un déplacement d’air de 600 kilomètres/heure. Aucun bâtiment n’y résiste. »
Tanguy Wuillème « Puis viennent les cris de souffrance, d’appel au secours et de soif. Des milliers de corps humains sont carbonisés, raidis, réduits à l’état d’ossements, de visages défigurés par des grimaces. Les survivants ne retrouvent pas leurs enfants, leurs parents, ils ne reconnaissent pas leurs amis, ni les membres de leurs familles dont le corps se met à gonfler sous l’effet des tumeurs.
Tous ces détails il faut les lire, l’horreur éprouvée des brûlures, le déchirement des gémissements d’enfants, l’hébétude des vieillards, les femmes éventrées. Ceux qui ont le plus mal se taisent, n’arrivent plus à pleurer, la mort se fait silencieusement. Trois jours plus tard, Nagasaki à son tour est rayée de la carte par une bombe non plus à l’uranium mais au plutonium. Un jeune médecin arpente les rues, Takashi Nagai, il voit des êtres sans peau, d’autres enflés comme des citrouilles, devant cela à une chaleur autrement plus forte, ses étudiants sont collés aux murs comme des papillons. Il sait qu’il a vu l’enfer. »
Le professeur Pierre Piérart « Pour indiquer le nombre de morts d’Hiroshima, je retiens le chiffre à la fin de décembre 1945: 145.000 morts. Car quelque 70.000 personnes sont mortes dans les mois qui ont suivi, d’août à décembre 1945. Des brûlés qui auraient dû survivre à leurs brûlures mouraient de façon inexpliquée: à cause de la radioactivité.»
Tanguy Wuillème « Hiroshima et Nagasaki ne sont pas des catastrophes au sens providentiel (au sens d’une volonté divine qui sauverait ou punirait un peuple), ni un simple accident de la technique, elles sont des horreurs programmées par l’homme contre l’humanité que l’on doit inscrire dans une philosophie de l’histoire. Les bombardements sur les villes japonaises sont la preuve de la guerre totale. Le gouvernement américain n’a pas négocié la paix avec le Japon, il a visé une fin totale, dès lors les moyens purent être disproportionnés»
Voilà pour les faits. 63 ans plus tard, une véritable chape de plomb est posée sur le souvenir de ce génocide. Tout est fait pour ne mettre en exergue que les seuls souffrances des Juifs. Souvenons-nous, cette année 1945 fut aussi tragique pour la ville de Dresde où les bombardements d’une nuit ont coûté la vie à 30.000 personnes. Souvenons-nous de ce mois de mai 1945, la France libérée par les Alliés et ces fameux RTA qui remettaient de l’ordre à Sétif en massacrant 45.000 personnes. Des génocides, il y en eut par la suite, ils furent absous quand les puissances occidentales y étaient impliquées, les trois cas les plus flagrants furent l’embargo qui prit la vie à 500.000 enfants irakiens, le génocide burundais et la tragédie palestinienne. A côté de ces massacres industriels, celui de Srebrenica fait figure d’artisanat...
Tanguy Wuillème « ...Soixante années passées ont déjà l’âge du souvenir, des générations oublieuses. Le survivant ne survit plus et nous voilà livrés à penser en différé, sur la base des témoignages, des récits, des images, des fictions intermédiaires. Hiroshima, Nagasaki sont dorénavant reliées, deux jumelles horrifiantes sur lesquelles le temps a passé comme le sel sur Carthage ou le feu sur Troie. »
Le professeur Pierre Piérart « Les 6 et 8 août 1945, la bombe atomique est utilisée, pour la seule fois dans l’histoire, contre les villes japonaises Hiroshima et Nagasaki. Les conséquences humaines ont été terribles. »
Le 6 août 1945 est une date charnière dans l’histoire de notre espèce. Ce jour-là, l’humanité est devenue capable de se détruire elle-même, et rien ne lui fera jamais perdre cette toute-puissance négative.
Le professeur Pierre Piérart, de l’université de Mons « L’histoire de la bombe débute vers 1938-39.Sur les conseils d’Einstein, le programme américain, dénommé «projet Manhattan», débute en 1942. Il va durer deux ans, coûter deux milliards de dollars de l’époque, mettre au travail 130.000 personnes dans trois grandes usines. Le projet est tenu secret. »
Il faut se rappeler cette phrase d’Oppenheimer, l’instant suivant l’explosion expérimentale du Nouveau Mexique (16 juillet 1945): «Nous sortîmes de notre abri et tout fut soudain d’une solennité extrême. Nous savions que le monde ne serait jamais plus le même. Quelques personnes riaient, d’autres pleuraient, la plupart restaient silencieuses», son collègue Bainbridge vint vers lui et lui jeta: «Maintenant nous sommes tous des salauds.» «C’est la remarque la plus pertinente qui ait été faite après le test» reconnut plus tard Oppenheimer
Le professeur Pierre Piérart « Dès septembre 1944, Roosevelt et Churchill sont conscients que l’Allemagne ne possède pas l’arme nucléaire et ils envisagent de l’utiliser contre le Japon.
En juillet 1945, l’empereur du Japon envoie son fils pour négocier une paix, avec capitulation totale. Seulement, on va faire traîner les choses. Des stratèges américains sérieux avaient analysé la question. Ils savaient que les Japonais étaient au bout du rouleau. 90% de leur aviation et de leur flotte étaient détruits, il ne restait rien de leur machine industrielle. Selon ces stratèges, le nombre de victimes aurait pu se situer entre 20.000 et 30.000. »
Tanguy Wuillème « les habitants d’Hiroshima vaquent à leurs occupations quotidiennes lorsque l’explosion se produit. Aucune alerte, aucun avertissement, on se plaît même à contempler le sillage que laissent derrière eux les B-29 dans le ciel bien dégagé. Ensuite, tous les récits se ressemblent pour décrire l’horreur qui envahit la ville. Les bâtiments sont soufflés, éventrés, les maisons effondrées. Les routes fondent et sont brûlantes comme les ruines, gagnées par les incendies. »
Le professeur Pierre Piérart « La bombe n’explose pas au sol mais dans l’atmosphère. Une gigantesque boule de feu qui tue par brûlure. C’est son effet le plus mortel. A l’épicentre, la température atteint un million de degrés. Elle se réduit rapidement à mesure qu’on s’en éloigne, mais dans les 500 premiers mètres, il s’agit d’une véritable incinération. Il y a aussi l’effet de souffle: un déplacement d’air de 600 kilomètres/heure. Aucun bâtiment n’y résiste. »
Tanguy Wuillème « Puis viennent les cris de souffrance, d’appel au secours et de soif. Des milliers de corps humains sont carbonisés, raidis, réduits à l’état d’ossements, de visages défigurés par des grimaces. Les survivants ne retrouvent pas leurs enfants, leurs parents, ils ne reconnaissent pas leurs amis, ni les membres de leurs familles dont le corps se met à gonfler sous l’effet des tumeurs.
Tous ces détails il faut les lire, l’horreur éprouvée des brûlures, le déchirement des gémissements d’enfants, l’hébétude des vieillards, les femmes éventrées. Ceux qui ont le plus mal se taisent, n’arrivent plus à pleurer, la mort se fait silencieusement. Trois jours plus tard, Nagasaki à son tour est rayée de la carte par une bombe non plus à l’uranium mais au plutonium. Un jeune médecin arpente les rues, Takashi Nagai, il voit des êtres sans peau, d’autres enflés comme des citrouilles, devant cela à une chaleur autrement plus forte, ses étudiants sont collés aux murs comme des papillons. Il sait qu’il a vu l’enfer. »
Le professeur Pierre Piérart « Pour indiquer le nombre de morts d’Hiroshima, je retiens le chiffre à la fin de décembre 1945: 145.000 morts. Car quelque 70.000 personnes sont mortes dans les mois qui ont suivi, d’août à décembre 1945. Des brûlés qui auraient dû survivre à leurs brûlures mouraient de façon inexpliquée: à cause de la radioactivité.»
Tanguy Wuillème « Hiroshima et Nagasaki ne sont pas des catastrophes au sens providentiel (au sens d’une volonté divine qui sauverait ou punirait un peuple), ni un simple accident de la technique, elles sont des horreurs programmées par l’homme contre l’humanité que l’on doit inscrire dans une philosophie de l’histoire. Les bombardements sur les villes japonaises sont la preuve de la guerre totale. Le gouvernement américain n’a pas négocié la paix avec le Japon, il a visé une fin totale, dès lors les moyens purent être disproportionnés»
Voilà pour les faits. 63 ans plus tard, une véritable chape de plomb est posée sur le souvenir de ce génocide. Tout est fait pour ne mettre en exergue que les seuls souffrances des Juifs. Souvenons-nous, cette année 1945 fut aussi tragique pour la ville de Dresde où les bombardements d’une nuit ont coûté la vie à 30.000 personnes. Souvenons-nous de ce mois de mai 1945, la France libérée par les Alliés et ces fameux RTA qui remettaient de l’ordre à Sétif en massacrant 45.000 personnes. Des génocides, il y en eut par la suite, ils furent absous quand les puissances occidentales y étaient impliquées, les trois cas les plus flagrants furent l’embargo qui prit la vie à 500.000 enfants irakiens, le génocide burundais et la tragédie palestinienne. A côté de ces massacres industriels, celui de Srebrenica fait figure d’artisanat...